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Le printemps est là… c’est le moment de la « grande lessive » !

Plongeons dans une ancienne tradition : celle de la lessive du printemps. Au 19ème siècle, c'était toute une affaire.

Dans les maisons, le printemps rime avec grand nettoyage et purification des intérieurs domestiques. Cette tradition printanière a longtemps également concerné le linge du foyer. En effet, jusqu’au 19e siècle, et parfois encore au 20e siècle, une « grande lessive » ou « grande buée » se fait systématiquement au printemps. Une autre est organisée en automne, à l’approche de la Toussaint.

Seulement deux grandes lessives par an…, c’est que les dépenses en énergie et en temps sont considérables. Faite entièrement à la main par les femmes, la « buée » exige de nombreuses opérations éreintantes qui s’enchaînent sur plusieurs jours, sans compter le racommodage et le repassage. Avant l’eau courante, il faut aussi compter le temps et les efforts nécessaires pour aller à la rivière, au puits ou à la fontaine. Sans distribution généralisée du gaz et de l’électricité, il faut aussi mobiliser beaucoup de force physique pour brasser, frotter, rincer, tordre… le linge.

Tableau La buée, auteur anonyme, vers 1645-1660 (Musée Fabre, Montpellier)
La buée, auteur anonyme, vers 1645-1660 (Musée Fabre, Montpellier)

Le premier jour de la buée, le linge sale accumulé est descendu du grenier, trié et mis à tremper dans un baquet d’eau froide. Le lendemain, il est placé dans un cuvier. L’eau est chauffée dans un chaudron en vue du « coulage » du linge. Sur le cuvier est étendue une toile où est déposée de la cendre de bois tamisée. Durant toute la journée, de l’eau de plus en plus chaude est versée sur l’ensemble. La cendre contient de la potasse qui dissout les matières grasses pouvant ainsi être entraînées par l’eau. Celle-ci emporte la saleté et s’écoule par un orifice situé dans la partie inférieure du cuvier. On récupère l’eau dans une bassine au sol et on la reverse dans le chaudron, avant de la transvaser à nouveau dans le cuvier. L’opération est longue et complexe, dans l’humidité et avec des risques de brûlures.

Le linge est ensuite frotté et étalé sur l’herbe pour le blanchir. Le jour suivant, il est amené au lavoir ou à la rivière à l’aide de paniers ou de brouettes. Il est frotté à la main ou à la brosse sur une planche, avec du savon. Il est battu pour en expulser la saleté. Il est ensuite rincé plusieurs fois puis tordu à la main. Alourdi d’eau, il est ramené à la maison pour être mis à sécher.

Le tordage des grandes pièces de linge se fait souvent à deux, 1902 (Émile Henri t’Serstevens / KIP-IRPA)
Le tordage des grandes pièces de linge se fait souvent à deux, 1902 (Émile Henri t’Serstevens / KIP-IRPA)

Le coulage n’est pas pratiqué partout. Un autre procédé consiste à laisser tremper le linge toute une nuit dans une eau savonneuse. On chauffe l’eau le lendemain et on agite la lessive à l’aide d’un bâton.

La buée, est réservée au « linge blanc » qui seul résiste au lavage à haute température et prédomine donc dans le trousseau familial. Fabriqué en lin, en chanvre et, à partir du 18e siècle, en coton, il comprend le linge de maison (draps, essuies, nappes…), ainsi que les chemises de nuit et les sous-vêtements. Étalé sur l’herbe pour être blanchi, il donne l’occasion aux foyers aisés d’exposer la richesse du trousseau familial et donc leur rang social.

Femme à la lessive, France, vers 1900 (© Albert Harlingue / Roger-Viollet)
Femme à la lessive, France, vers 1900 (© Albert Harlingue / Roger-Viollet)

Il ne faut cependant pas croire qu’on ne lavait le linge que deux fois par an. Une « petite lessive » demandant moins de manipulations est faite à la main pour les pièces délicates ou de couleur, au fur et à mesure des besoins. Cette nécessité varie suivant les classes sociales. Les plus démunis lavent leurs vêtements chaque semaine, ce qui n’est pas nécessaire dans les foyers aisés où ils sont stockés en abondance.

Pour le lavage du linge, les femmes ne disposeront pendant des siècles que d’une planche en bois nervurée, d’un battoir à linge, d’une brosse et d’une bassine. Elles s’aident parfois d’agitateurs munis de longs manches qui permettent de brasser plusieurs pièces à la fois, sans courber le dos et sans plonger les mains dans l’eau chaude. Les plus anciens sont entièrement en bois et dotés à leur extrémité inférieure de bâtons qui font office de pales. Plus tard, des agitateurs à ressort seront équipés d’une ventouse en métal.

Blanchisseuses à Spa, vers 1890 (Musée de la Lessive, Spa)
Blanchisseuses à Spa, vers 1890 (Musée de la Lessive, Spa)

La « grande lessive » a marqué la mémoire collective des femmes. Cette activité communautaire rassemblait les femmes du hameau ou du village. Unies dans la besogne de purification, elles vivaient un moment de labeur, mais aussi de sororité et d’entraide.

Françoise Marneffe, historienne et responsable des expositions à La Fonderie.

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